Article | Le chamanisme, d'hier à aujourd'hui
Article | Le chamanisme, d'hier à aujourd'hui

Origines du chamanisme

Le mot « Chamanisme » est dérivé de šamán, titre donné aux guérisseurs de certains peuples sibériens. Par extension, le chamanisme fait référence à des pratiques spirituelles traditionnelles, présentes dans l’histoire de toutes les cultures humaines. On dit souvent qu’il est « vieux comme l’humanité », tellement sa pratique est ancienne ; comme le montrent les anthropologues, l’art préhistorique des cavernes est là pour en attester. Ces pratiques sont à l’origine des premières religions et spiritualités. Il est intéressant de noter que les récits visionnaires des prophètes et saints religieux sont en tous points similaires aux récits d’expériences chamaniques.

Le chamanisme est cependant une méthode, et non une religion. Les techniques utilisées par les chamanes sont d’abord des stratégies de survie : où trouver le gibier, avec quelle plante guérir telle maladie, comment améliorer les récoltes, etc. C’est un moyen efficace d’accéder à l’intelligence de la nature, dont l’être humain est entièrement dépendant – même si on l’oublie parfois ! Elle est reconnue par les chamanes comme une grande enseignante douée de conscience. Aujourd’hui, même si les pratiques chamaniques semblent être moins liées à la survie, elles le sont tout autant : en se reliant à la conscience de la Terre, on apprend à l’aimer et à la respecter. La préservation des écosystèmes, dégradés par l’activité humaine, est absolument nécessaire à la survie de notre espèce.

L’art chamanique amazonien de Pablo Amaringo

Le rôle des chamanes

Ce qui caractérise un·e chamane, c’est son utilisation des états modifiés de conscience, qui lui permettent d’élargir sa perception de la réalité. Cet état de conscience peut être induit par toutes sortes de techniques, qui varient d’une culture à l’autre : rythme du tambour, chant, danse, plantes psychotropes, diète et jeûne, hutte de sudation, quête de vision, isolation sensorielle, etc. La conscience des chamanes – ou l’âme, comme on la désigne dans ces traditions – voyage ainsi dans des dimensions auparavant invisibles, où ils échangent avec des esprits qui leur communiquent l’énergie ou l’information recherchée. Ces êtres non-matériels prennent la forme d’animaux, de plantes, d’ancêtres ou de maîtres spirituels. Ils sont les alliés primordiaux des chamanes, dont le travail est de faire le vide intérieur pour « canaliser » leur force. Les esprits alliés ont chacun leur spécialité ; ils sont là pour protéger, guider et instruire celui ou celle qui les appelle.

Le rôle des chamanes est de maintenir l’équilibre entre l’être humain et la nature, entre le visible (monde matériel) et l’invisible (monde psychique), tout en préservant la santé et la cohésion de leur communauté. Ils cultivent souvent des valeurs comme l’amour, la compassion, l’écologie et la résilience. On attend d’eux l’efficacité ; c’est-à-dire l’obtention de résultats visibles et concrets. Ils pratiquent pour cela la guérison, la divination, l’accompagnement des défunts, mettent en place des cérémonies et rites de passage, etc. Les chamanes sont généralement choisis par leurs pairs pour leur facilité à changer d’état de conscience. Ils doivent passer par des initiations éprouvantes et dédient leur vie au travail avec les esprits. Être ainsi désigné n’est donc pas toujours une nouvelle réjouissante !

Au-delà du dogme

Spirituellement parlant, le regain d’intérêt pour le chamanisme dans nos sociétés occidentales, longtemps coupées de leurs racines celtiques, n’est pas anodin. Après des millénaires de dogme religieux, beaucoup ressentent le besoin d’accéder directement à la réalité spirituelle, sans passer par un intermédiaire. L’expérience personnelle est à la base de la pratique chamanique : c’est elle qui permet de forger sa propre vision du monde. Ceux qui ont vécu des expériences non-ordinaires (mort imminente, rêves lucides, trips psychédéliques…) découvrent rapidement les limites de leur carte de la réalité, souvent définie par les modèles classiques qu’on leur a transmis.

Dans le chamanisme, on explore soi-même la conscience afin de créer ses propres modèles, sa propre interprétation de la réalité. Contrairement à une vision dogmatique, c’est un système ouvert qui évolue avec le temps et la société, s’adaptant aux besoins de chacun. On recherche l’efficacité : régler ses problèmes et s’épanouir. Le chamanisme apporte ainsi des outils qui manquent parfois à nos cultures modernes : guérir les traumas, se relier ensemble au sacré, célébrer la nature, développer l’ancrage et la force intérieure, vivre des rites de passage, etc. Chez nous, les chamanes sont plutôt des praticiens chamaniques, n’étant pas inscrits dans une approche traditionnelle. Ils tendent vers une vision complète de la santé et intègrent dans leur approche la science, la psychologie et diverses techniques thérapeutiques modernes.

S’enraciner pour grandir

Avec l’intention et les bonnes méthodes, tout le monde est capable d’entrer dans l’état de conscience chamanique et d’en tirer quelque chose de bénéfique. Cela dit, faire un travail chamanique approfondi demande beaucoup de courage et un bon ancrage terrestre. À l’image de l’arbre, central aux traditions chamaniques, il est important d’être solidement enraciné pour s’aventurer sereinement dans les hauteurs de la conscience. Le retour est parfois difficile et l’intégration n’est pas de tout repos ; surtout si le travail implique l’usage de plantes psychotropes. Il faut savoir aussi se préserver de la folie : la psychose attend parfois ceux qui ne reviennent pas sur Terre et restent coincés dans leurs délires personnels. Les chamanes sont ceux qui savent partir… et revenir !

Le travail chamanique étant d’une rare intensité, les chamanes prennent soin de leur santé : ils se reposent abondamment, prêtent attention à ce qu’ils consomment et s’assurent d’être en bonne forme physique. Lorsqu’il est utilisé de manière éclairée, le chamanisme est donc tout sauf une fuite. C’est un moyen efficace de cultiver l’équilibre et l’harmonie dans sa vie. À travers sa pratique, on se reconnecte à son pouvoir personnel, on se relie à ses propres sources de guidance… tout cela afin de mener une existence créative et responsable, qui allie la joie de l’existence terrestre à la sagesse de l’univers.

L’Arbre-Monde, imaginé par l’artiste japonais Yuji Himukai

© Jimmy Guye
Mis à jour en Novembre 2020